13 novembre 2015 : se souvenir dans un théâtre
Depuis un théâtre, ces mots résonnent autrement. Le 13 novembre a frappé des lieux où l’on se retrouve : une salle de concert, des restaurants et un stade. Des espaces de joie ordinaire devenus, malgré eux des lieux de mémoire. Dix ans plus tard, beaucoup d’entre nous se souviennent encore du moment précis où la nuit a basculé.
Mais la mémoire ne se résume pas à la peine. Elle manifeste aussi un attachement : celui de revenir s’asseoir côte à côte, d’applaudir à nouveau un spectacle, et d’être sur scène, quand même.
Un théâtre est fait pour cela : accueillir la présence, tenir ensemble l’hommage à l’avenir. C’est le sens de nos Rencontres avec La Fondation Jean Jaurès au cœur de la séquence 10 ans après : panser ses plaies en pensant à l’après.
La commémoration, dans ce contexte, n’est pas une posture mais c’est un geste ordinaire. Dans un théâtre, ce geste prend une intensité particulière parce qu’on s’y tient ensemble. La scène et le plateau offrent une langue et une écoute à ce qui reste sans mots. C’est dans cet esprit qu’ont eu lieu nos deux soirées de rencontres avec la Fondation Jean Jaurès : penser, débattre, faire corps. Le Théâtre de la Concorde a co-imaginé et accueilli ces échanges.
Menée à l’automne 2025 avec l’Ifop, en partenariat avec le Théâtre de la Concorde et la Bellevilloise, l’enquête mesure ce que nous gardons du 13 novembre : une mémoire durable, enracinée dans les lieux et les rituels, qui oriente nos affects et nos usages. Elle met en évidence l’empreinte singulière chez la génération qui avait l’âge des premières sorties en 2015 et aujourd’hui trentenaires, pour qui ce souvenir structure durablement la manière d’habiter la ville. Réalisée en ligne auprès d’échantillons représentatifs (France et Paris), elle montre qu’à Paris le souvenir se réactive au passage devant les sites touchés.
Découvrir l’enquête « Dix ans après. La mémoire du 13 novembre 2015 chez les français et les parisiens »
Découvrir l’enquête « Qu’ont-ils gardé de leurs 20 ans ? »
Les émotions ont changé de visage au fil des années. La colère s’apaise, la tristesse demeure et la vigilance s’installe. Beaucoup ont ajustés leurs habitudes, sans renoncer pour autant aux lieux de culture. On apprend à repérer une sortie et à observer un instant avant de rire… Puis on rit quand même.
Ce « quand même » n’est pas de l’insouciance mais une fidélité à celles et ceux qui ne sont plus là. Cette fidélité a pris corps sur notre plateau avec Les Consolantes de Pauline Susini, mais aussi avec la performance familiale autour du film La vie de Chateau, mon enfance à Versailles. Deux manières d’aborder la mémoire et la réparation à hauteur adulte et à hauteur enfant.
Depuis la scène, nous faisons place à ce qui persiste pour que chacun puisse l’habiter à sa mesure. Préserver par l’art et par la présence la possibilité concrète de se rassembler.
© Jean-Baptiste Gurliat/Ville de Paris